Noël

 

C’était à Bethléem, à la pointe du jour. L’étoile venait de disparaître…

Le dernier pèlerin avait quitté l’étable, la Vierge avait bordé la paille, l’enfant allait enfin dormir…

Mais dort-on la nuit de Noël ?

Doucement, la porte s’ouvrit, poussée, eût-on dit, par un souffle plus que par une main… Et, une femme parut sur le seuil, couverte de chiffons plutôt que d’habits, si vieille et si ridée que, dans son visage couleur de terre, sa bouche semblait n’être qu’une ride de plus.

En la voyant, Marie prit peur, comme si ça avait été quelque mauvaise fée, une sorcière, qui entrait.

Heureusement Jésus dormait !

L’âne et le bœuf mâchaient paisiblement leur paille et regardaient s’avancer l’Étrangère sans marquer plus d’étonnement que s’ils la connaissaient depuis toujours…

La Vierge, elle, ne la quittait pas des yeux. Chacun des pas qu’elle faisait lui semblait long comme des siècles.

La vieille continuait d’avancer, pas par pas… et voici maintenant qu’elle était au bord de la crèche.

Dieu Merci, le petit Jésus dormait toujours.

Mais dort-on vraiment la nuit de Noël… ?

En tout cas, soudain, il ouvrit les paupières… et sa mère fut bien étonnée de voir que les yeux de la femme et ceux de son enfant étaient exactement pareils et brillaient de la même lueur et de la même espérance…

Et voilà que la vieille se pencha vers la paille, tandis que sa main allait

chercher dans le fouillis de ses chiffons, quelque chose qu’elle sembla mettre des siècles encore à trouver…

Marie la regardait toujours avec la même inquiétude… Et les bêtes la regardaient aussi, mais eux, toujours sans surprise. Un peu comme si elles savaient, par avance, ce qui allait arriver.

Enfin, au bout de très longtemps, la vieille finit par tirer de ses haillons un objet caché dans sa main… et elle le remit à l’enfant.

Après tous les trésors des mages et les offrandes des bergers, quel était ce présent ?

Depuis là, où Marie se trouvait, elle ne pouvait voir le présent. La seule chose qu’elle voyait c’était le dos courbé par l’âge, et qui se courbait plus encore en se penchant sur le berceau… Mais l’âne et le bœuf, eux, le voyaient et ne s’étonnaient toujours pas…

Mais elle, la mère, devait-elle intervenir ?

Et ça dura encore bien longtemps. Puis la vieille femme se releva, comme allégée du poids très lourd qui la tirait vers la terre…

Ses épaules n’étaient plus voûtées, sa tête touchait presque le chaume … et son visage avait retrouvé miraculeusement sa jeunesse.

Et quand elle s’écarta du berceau pour regagner la porte et disparaître dans la nuit d’où elle était venue, Marie put enfin voir ce qu’était son mystérieux présent…

Eve (car c’était elle, Eve) venait de remettre à l’enfant une petite pomme, la pomme du premier péché… et tant d’autres qui ont suivi… Et la petite pomme rouge brillait aux mains du nouveau-né comme le globe du Monde Nouveau qui venait de naître avec lui !